L’échographie est un outil indispensable pour suivre la reproduction dans les cheptels suite au passage de la FCO et de la MHE.
Les passages vectoriels de MHE en 2024 puis de FCO en 2025 viennent impacter durablement la reproduction dans les cheptels du département. Entre avortements tardifs, mort-nés et mortalités embryonnaires, le déficit de naissances va perdurer sur les prochains mois. 5 300 en moins sur 2025 et déjà un déficit de naissances sur janvier 2026 !
Un effondrement de la fertilité
« Dans le cadre de mon métier, témoigne Marion, inséminatrice chez Innoval, j’ai pu constater des problématiques génitales liées notamment au passage des maladies vectorielles (MHE et FCO) dans les élevages. J’ai pu observer une baisse de la fertilité chez les femelles, mais également chez les reproducteurs mâles. Principalement dans les élevages allaitants, où notre passage concerne une grande majorité des constats de gestation.
Cette année, beaucoup d’éleveurs ont été déçus du résultat. Sur notre secteur, j’estime la réussite en saillie naturelle à 50/60 % contre environ 90 % les autres années en moyenne. Nous avons moins d’impact chez les éleveurs qui utilisent l’insémination artificielle car les éleveurs ont pu observer les retours en chaleurs répétés mais irréguliers (hors cycle), expliqués par des mortalités embryonnaires précoces ; et même beaucoup d’avortements, souvent après tarissement. »
Le fléau des organes atrophiés
Le Maine-et-Loire ne fait pas figure d’exception : tout le Grand Ouest a été touché en 2025, comme le Grand Est et les Hauts-de-France en 2024. Sur l’année 2025, les performances de reproduction ne sont pas encore satisfaisantes, dixit le GDS Picardie.
Pour beaucoup, la MHE semble avoir eu moins d’impacts que la FCO, avec moins de clinique… Et pourtant aujourd’hui le GDS souhaite alerter sur des cas que nous pourrions qualifier de « génération sacrifiée », comme peut le témoigner Céline, présidente du GDS :
« Le passage de la MHE a laissé des traces bien plus profondes que les symptômes visibles sur mon cheptel de Charolaises. J’en ai fait l’amère expérience sur mes propres génisses de 16 mois qui ont été gravement impactées par la MHE. En pratiquant des échographies de contrôle avec mon inséminatrice, le verdict est tombé : une atrophie des organes reproducteurs ! Le virus ne se contente pas de passer, il peut impacter durablement la physiologie des animaux. »
Sur 33 génisses, 14 ont été mises à la reproduction et seulement 2 sont pleines !
Des séquelles physiologiques inédites
Ce cas que nous pensions isolé ne l’est pas. « On a observé sur le terrain de nombreux cas de femelles tardives en termes d’activité ovarienne et dans quelques cas des organes génitaux atrophiés », déclare Marion. Des appareils reproducteurs dont le développement s’est arrêté au moment du passage viral.
Dr Mompas, vétérinaire à La Pommeraye, a fait le même constat :
« Dans un élevage allaitant de ma clientèle, suite à des lots de génisses vides à plusieurs reprises depuis le printemps 2025 malgré l’utilisation de plusieurs taureaux, j’ai réalisé des échographies en janvier 2026 sur ces lots de génisses que l’éleveur croyait finalement pleines car il ne constatait plus de retour en chaleur.
À l’examen des appareils reproducteurs, les génisses sont vides et présentent des organes reproducteurs de très petite taille, avec des ovaires inactifs, comme si elles étaient immatures alors que certaines ont déjà plus de 2 ans. L’éleveur a observé quelques saillies mais finalement peu de chaleurs visibles par rapport à d’habitude sur ces lots de génisses. Ces animaux seront suivis au printemps 2026 pour vérifier si une nouvelle mise à la reproduction sera réussie. »
Vascularite ou effet cumulatif ?
Le GDS a fait appel à son réseau pour savoir si des cas identiques avaient été détectés ailleurs, notamment dans le Sud-Ouest, impacté par la MHE un an avant le 49. Aucune remontée de ce type.
Impact de la MHE en 2024 ou qualité de l’alimentation lors de la croissance des génisses, voire FCO en 2025 ? « Ce type de lésions n’est pas rapporté dans le tableau clinique de la MHE mais cette maladie provoque des vascularites avec potentiellement des impacts sur ces organes en plein développement au jeune âge », précise Dr Mompas.
Vigilance sur les générations futures
Jusqu’ici les cas identifiés concernent essentiellement des génisses déjà nées lors du passage viral MHE, qui ont eu pour la plupart de la clinique. Qu’en est-il des génisses issues de mères ayant contracté la MHE ? Pour l’instant, nous ne le savons pas.
Mais du côté des broutards nés fin 2024 / début 2025, certains lots sont très hétérogènes avec des animaux qui s’engraissent mal et semblent plus fragiles d’un point de vue immunitaire. Il faudra donc être vigilant lors de la mise à reproduction des génisses.
L’échographie : un outil de pilotage crucial
Face à ce constat, Céline Douaneau a pris une décision préventive : « lancer une campagne d’échographies sur les génisses plus jeunes (8 à 10 mois), issues de mères ayant contracté la MHE. L’objectif est de vérifier si leur développement organique est normal ou si le virus a compromis leur avenir reproducteur.
Car pour moi la finalité ne sera pas la même : une génisse dont les organes sont atrophiés n’a pas sa place dans mon troupeau de renouvellement et le plus important, c’est de le savoir rapidement pour anticiper et ne pas investir à perte sur des inséminations inutiles… »
Le GDS espère que ces cas ne soient que ponctuels mais incite les éleveurs à faire des échographies avant la mise à la reproduction des génisses, notamment dans les foyers MHE 2024, pour vérifier le bon développement de l’appareil reproducteur.
« Plus globalement, dans ce contexte sanitaire, l’échographie devient un outil indispensable. Elle permet un diagnostic précoce des gestations (dès 30 jours), la détection de mortalités embryonnaires, mais surtout en amont l’identification d’anomalies ovariennes. Ainsi l’échographie permet de maintenir des performances en reproduction et, de ce fait, de limiter les pertes économiques dans les élevages », conclut Marion.
Un appel à la vigilance collective
« Il est essentiel que les éleveurs impactés alertent leur vétérinaire et le GDS pour évaluer l’importance de ces défauts de reproduction de génisses et pouvoir mener des investigations pour en identifier les causes potentielles », insiste Dr Mompas.
Pour les adhérents GDS en formule sécurité : dans les cheptels foyers MHE, mise en place d’une aide de 5 € / génisse échographiée, avec un plafond de 200 € / cheptel, sous condition du compte rendu d’échographie.

